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Sénégal/Chevaux et ânes de trait: Une vie de maltraitance et pourtant…

Dans le cadre de sa mission, l’ONG BROOKE a réalisé une étude d’évaluation de la contribution économique des équidés de trait au Sénégal. L’étude vise à mettre en exergue les bases scientifiques à travers lesquelles la contribution monétaire et non monétaire de l’utilisation des équidés de trait dans la vie des ménages ruraux et urbains pouvait être mieux élucidée. L’évaluation de la contribution économique et sociale des équidés de trait dans les contextes urbain et rural (bassin arachidier et zone sylvo-pastorale) a été ainsi réalisée (www;brookesenegal.org). L’objectif global de cette étude est d’évaluer l’importance économique et sociale des équidés de trait dans les conditions de vie des ménages ruraux et urbains. L’étude vise à donner des éléments et arguments scientifiques à travers une documentation de la contribution monétaire et non monétaire de l’exploitation des équidés de trait dans les conditions de vie des ménages ruraux et urbains

Pour le milieu urbain, six localités (Guédiawaye, Pikine, Rufisque, Thiès, Louga et Touba) ont été choisies pour mener des enquêtes auprès de 30 conducteurs de véhicules hippomobiles dans chacune pour évaluer les revenus journaliers générés. Un exercice d’extrapolation est également fait pour estimer le nombre de personnes et le volume de marchandises transportés par jour dans les différentes villes. Dans le bassin arachidier, deux zones ont été considérées : le département de Bambey avec deux communes rurales (Dangalma et Dinguiraye) et le département de Koumpentoum avec également deux communes (Koumpentoum et Pass Koto). Les enquêtes conduites sur un total de 201 ménages ont permis d’évaluer la contribution de la force de traction des équidés dans les productions agricoles et en termes de services de transport rémunéré et non rémunéré.

Les résultats en milieu pastoral

En milieu pastoral, des focus groups ont été organisés pour apprécier les rôles et les utilisations des équidés et en particulier des ânes dans les stratégies pastorales de transhumance et d’approvisionnement en eau des campements pour les besoins des humains et des petits ruminants. Les conditions d’entretien des ânes et leur bien-être ont été également discutés.

les résultats en milieu urbain

Les résultats montrent qu’en milieu urbain, l’exploitation de véhicules hippomobiles (calèches, charrettes équines, charrettes asines) présente des différences en fonction des villes. Les revenus journaliers moyens tirés de l’exploitation de véhicule hippomobile sont de 2938 F pour les calèches, 7031 F pour les charrettes équines et 1938 F pour les charrettes asines. Ces revenus varient en fonction du type de véhicule et de la localité. Les revenus journaliers les plus élevés sont réalisés à Pikine avec les charrettes équines (7800 F) et les revenus les plus faibles, à Touba avec les charrettes asines (1400 F). Les revenus sont en général équivalents ou supérieurs au SMIG des travailleurs manuels. L’estimation du volume de marchandises transportées par les charrettes équines donne pour une ville comme Pikine, un tonnage de 1700 T par jour soit l’équivalent de 850 courses de camionnettes chargées de 2 tonnes de marchandises dans une journée. Le nombre de personnes transportées par jour est estimé par exemple à Touba à 225 000 et à Thiès à 9700. L’exploitation de véhicules hippomobiles constitue une source d’emploi et de revenus réguliers et offrent également une opportunité à certains ruraux de se procurer des revenus supplémentaires en saison sèche en venant travailler en ville.  

les résultats dans le bassin arachidier

Dans le bassin arachidier, l’absence de la force de traction des équidés attelés au matériel agricole (charrettes, semoirs, houes, etc.) se traduirait par une baisse des superficies cultivées en arachide de 75% et de 44 % pour le mil. Le pourcentage de ménages cultivant l’arachide baisserait de 10 points et ceux faisant le mil de 16 points. Les cultures de diversification comme le niébé seraient abandonnées par la plupart des ménages en absence de force de traction du fait qu’ils vont se concentrer sur l’arachide et le mil. Les effets sur les productions se traduisent par une réduction des quantités produites qui seraient de 78 % pour l’arachide, 45% pour le mil et 46% pour le maïs. Les pertes de revenus consécutives à ces baisses de productions attendues pour les différentes cultures se chiffreraient à quelques 945 000 FCFA soit les deux tiers des revenus annuels moyens des ménages. Les équidés permettent également aux ménages de se procurer des revenus à travers des services de transport rémunérés. En outre, ils fournissent des services non rémunérés (transport familial, prêt aux voisins, etc.) pour améliorer les conditions de vie des ménages et les liens sociaux dans la communauté. L’estimation de la valeur de ces services donne pour le transport rémunéré, un revenu moyen annuel de 243 000 FCFA et pour les services non rémunérés, une valeur de 395 000 FCFA par an. Dans les conditions actuelles du bassin arachidier, il est inconcevable que les productions agricoles se fassent sans l’utilisation de la force de traction des équidés. Aussi, les programmes d’appui à l’accès au matériel agricole devraient considérer des mesures et actions envers les équidés sans lesquels le matériel fourni ne pourrait être opérationnel. En milieu pastoral, l’apport des équidés, singulièrement des ânes, dans l’élevage est affirmé et reconnu par les populations. La force de traction des ânes contribuent à la facilitation des déplacements lors des transhumances par le transport des personnes, des bagages et des jeunes animaux qui ne supporteraient pas la marche sur les longues distances, mais également à l’approvisionnement en eau des campements pour les besoins des humains, des petits ruminants et des veaux. Les charrettes asines avec des citernes de grande capacité (1000 L) qui sont aujourd’hui de plus en plus utilisées, permettent aux éleveurs de camper au niveau des zones où les pâturages sont les plus fournis et d’y emmener l’eau pour abreuver un nombre plus important d’animaux. Cette pratique réduit les distances à parcourir par les animaux à la recherche de fourrage et ainsi d’économiser de l’énergie pour d’autres fonctions productives comme la reproduction ou la croissance. La plupart des pasteurs rencontrés reconnaissent une augmentation des effectifs de petits ruminants avec la pratique de leur abreuvement au niveau du campement par rapport à l’abreuvement qui était anciennement effectué au forage. Cependant, il est noté que malgré les apports positifs des ânes dans l’amélioration des conditions de vie des populations pastorales, leur entretien et leur bien-être sont très peu considérés par les éleveurs.

Les équidés jouent un rôle primordial dans la vie des populations pastorales. Ils sont utilisés dans les zones où les cultures sont possibles comme dans le Sud de la ZSP, comme force de traction dans la production agricole, dans le transport de la famille pour aller aux 56 marchés, dans les déplacements de transhumance et dans l’approvisionnement en eau de la famille au campement pour les besoins humains et du bétail en particulier des petits ruminants. Ces différentes tâches sont réalisées grâce au concours des ânes ; les chevaux étant en particulier réservés au transport de la famille pour aller dans les loumas. La force de traction des ânes représente un facteur déterminant de l’élevage pastoral. Les ânes de par leur disponibilité, permettent d’une part de faciliter les déplacements de transhumance en transportant les personnes, les bagages et les jeunes animaux ne pouvant pas suivre la marche sur les longues distances à parcourir et d’autre part d’assurer l’approvisionnement en eau de la famille et des animaux (petits ruminants et veaux) au campement. Les ânes apportent une contribution essentielle à l’amélioration des conditions de vie des populations pastorales en facilitant l’accès à une eau de meilleure qualité pour les humains en hivernage (l’eau des mares est de moins en moins utilisée durant l’hivernage), en permettant aux petits ruminants de réduire leurs déplacements pour la recherche de fourrage et ainsi contribuer à l’amélioration de leur productivité et du revenu de l’éleveur. La croissance notée de la population des petits ruminants durant ces dernières décennies dans la ZSP serait pour une part non négligeable le fait de l’apport de la force de traction des ânes. Malgré la contribution significative et reconnue de l’apport des ânes dans l’amélioration des conditions de vie des populations pastorales, leur entretien et leur bien-être sont totalement ignorés par la plupart des éleveurs. Les ânes sont exploités dans des conditions qui ne prennent en compte ni leurs capacités à tirer le poids des chargements à transporter, ni les soins sanitaires à leur prodiguer en cas d’affection, ni leur alimentation et encore moins leur repos. L’éleveur va les utiliser tant qu’il considérera que l’animal peut être attelé à la charrette. Cette situation demande que des actions de sensibilisation et le cas échéant, une coercition soient faites auprès des éleveurs pour une meilleure prise en compte du bien-être des ânes en milieu pastoral. En outre, les actions de développement et en particulier les investissements en hydraulique pastorale devraient d’avantage prendre en compte le rapprochement des points d’eau aux campements en mettant en place des antennes d’abreuvoirs et des potences pour réduire les distances à parcourir pour la recherche de l’eau.

Au Sénégal, l’utilisation des équidés de trait, a fait l’objet d’un arrêté interministériel N°09.12.2016 /18457/MEPA/DDEQ portant réglementation du transport par des véhicules à traction animales. Dr. Mamadou SYLLA, de la division de la traction équine, livre pour sunugox.info les contours de ce présent arrêté et lance un appel aux usagers et autres acteurs de la filière.

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