Les prévisions alarmistes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pourtant dirigée par un Ethiopien, Docteur Thedros Guebrejesus, demandant aux Africains de « se réveiller » et de se « préparer au pire », ont fait long feu. Ce « pire », c’est-à-dire des millions de morts sur le continent, n’a pas encore lieu. Mieux, cette attitude condescendante de cassandres sur la catastrophe du siècle en Afrique, semble être contredite par les faits. Mais par quoi ? Alors qu’ailleurs…
Un sursaut d’orgueil, une longueur d’avance sur les autres, la chaleur du climat, l’immunité acquise par la chronicité de certaines maladies endémiques ? Comment expliquer cette capacité d’adaptation de l’Afrique en général et du Sénégal en particulier à cette crise globale, sanitaire, économique et sociale inédite ? Si les réponses ne manquent pas et vont dans tous les sens, nous pensons que l’hypothèse de la résilience ancrée dans nos traditions et cultures semble être une explication plausible de notre formidable capacité adaptative.
Le pays de la Téranga, pour se limiter au Sénégal, a pu organiser une riposte admirable grâce d’une part au leadership du Président Macky Sall dont le parcours de résistance et la vision d’émergence sont en train de changer le visage de notre pays. D’autre part, cette résilience, du fait de la diversité de la géographie et des climats, à la riche histoire de résistance, à la culture millénaire, a pu fonder le socle de la Nation. Le Sénégal est une démocratie majeure et résiliente, jalouse de sa liberté, ouverte au dialogue, attachée à la paix et à la cohésion sociale. Grâce à l’entente interethnique, interreligieuse, et inter territoires et à la parenté à plaisanterie entre patronymes, ethnies, provinces…, il a su rester uni, fort et solidaire face à la maladie et relancer de façon rapide la machine économique.
En effet, élaborer et dérouler avec succès son plan de riposte, passer par les fourches caudines du Fonds Monétaire international (FMI) et en ressortir avec un satisfecit n’est pas une sinécure. En effet, le FMI vient de saluer les mesures prises par notre pays dans le cadre de l’Instrument de Coordination des Politiques Économiques (ICPE). Sans doute, d’aucuns feront le reproche de se contenter d’une évaluation extérieure, fut-elle aussi rigoureuse, pour s’en glorifier. Alors, quid de l’évaluation interne ? Au-delà de la bulle politico-médiatique, les Sénégalais apprécient positivement la façon dont les plus hautes Autorités, en contexte de démocratie résiliente, ont su bien faire face à la maladie de la COVID 19 tout en faisant fonctionner l’économie nationale.
La résilience est la faculté de faire face aux multiples défis de l’environnement naturel, politique, économique et social. Elle est une forme d’adaptation, de résistance ou mieux, de réaction heureuse. En effet, ces trois facultés ont ceci de commun qu’elles permettent à la personne, à la communauté ou à l’organisation de résister, de fonctionner, de se développer. La résilience est donc la capacité à transcender des chocs d’ordre psychologique, familial, social, voire économique, politique. Marie ANAUT, la définit comme « la récupération après un traumatisme ». Elle reste liée à « la capacité humaine de se confronter, intégrer et être transformé par les expériences aversives ». Elle est aussi un résultat et un équilibre entre des forces contraires, voire hostiles (La résilience, surmonter les traumatismes, 2008).
Passer en effet d’un taux soutenu de croissance de près de 7% depuis trois années à 1% en 2020 est un véritable choc qui aurait pu être pire si le Président de la République, dans un contexte sécuritaire sahélien délicat, n’avait pas pris les devants grâce à une vision claire, des stratégies précises, des acteurs ciblés, des actions majeures, des indicateurs de suivi…La démocratie sénégalaise a su rester résiliente en mettant en jeu des mesures adaptatives intégrant des facteurs multiples, individuels, collectifs, de nature économique, psychologique, culturelle, sociale… Face à cette crise inédite de la COVID dans un environnement complexe, des acteurs divers, des enjeux économiques, religieux, politiques, l’impératif devient l’invention de solutions innovantes, efficaces, efficientes et durables par la participation de toute la Nation.
La pertinence, la promptitude et la vigueur avec lesquelles le Président Macky SALL a su impulser la réaction nationale à ce fléau étonnent, fascinent et forcent le respect. En ce sens, après un Conseil présidentiel dès le 02 mars 2020 au Palais de la République, le Chef de l’État a rencontré les leaders des principales forces politiques et sociales et lance un appel à l’Union sacrée. Il décrète l’État d’urgence et le couvre-feu, propose à l’Assemblée nationale le vote de lois d’habilitation en matière budgétaire, sanitaire, économique et financière. Il met en place surtout un Programme de Résilience Économique et sociale de plus 1000 milliards de F CFA. Celui-ci repose sur 4 piliers fondamentaux :
– le renforcement du système de santé ;
– la résilience économique et sociale des populations, dont la Diaspora ;
– la stabilité macro-économique et financière avec le soutien au secteur privé à travers des subventions diverses, la préservation des emplois et le maintien des salaires, les exonérations fiscales, la suspension de TVA et autres reports de paiement ;
– pharmaceutiques et en denrées de première nécessité.
En compagnie de tout ce que notre pays possède de sommités médicales, des mesures hardies ont été prises et déroulées par le Ministre de tutelle Abdoulaye Diouf Sarr, avec en première ligne des soignants engagés et déterminés à l’image des Professeurs Moussa Seydi, Mamadou Bèye, des Docteurs Abdoulaye Bousso, Amadou Sall de l’Institut Pasteur de Dakar, du Professeur Souleymane Mboup de l’IRESSEF de Diamniadio… et de leurs nombreux collaborateurs anonymes…
Ainsi, toutes les ressources ont été mobilisées, dont 64 milliards pour la santé afin de prendre en charge la pandémie et les autres morbidités, 10 millions de masques confectionnés par nos tailleurs, des respirateurs, du gel hydro alcoolique et des lavoirs créés par nos ingénieurs et étudiants… En attendant le relèvement conséquent des plateaux techniques en particulier dans les régions, le Chef de l’État a décidé le recrutement de 500 médecins et 1000 autres infirmiers et sages-femmes. En outre, plus de 1 million de ménages vulnérables, soit près de 10 millions de nos compatriotes ont pu bénéficier des denrées de première nécessité, et de deux bimestres de factures d’eau et d’électricité prises en charge. À charge au comité élargi de suivi de Force Covid du Général François NDIAYE, et de ses collaborateurs de voir la conformité des divers processus.
Comparaison n’est sans doute pas raison. Cependant, en auscultant les statistiques, nous nous rendons compte que l’Afrique et le Sénégal, toutes proportions gardées, ont su mieux tirer leur épingle du jeu que beaucoup de grandes puissances régionales, voire mondiales. L’épidémie du SARS-COV 2 aurait débuté en décembre 2019 en Chine, à Wuhan, dans la province de Hubei. La rapidité et la rigueur des mesures de confinement de l’Empire du Milieu ont permis de la circonscrire, avant d’atteindre l’Europe et le reste du monde du fait du rapatriement des ressortissants des autres pays. Première décision sénégalaise, mal comprise à l’époque : le non rapatriement de 13 étudiants résidant à Hubei. La suite donna encore raison au Président Macky Sall.
Aujourd’hui, pendant que le monde enregistre 14 millions de cas, 8 millions de guéris et 600 000 décès, l’Afrique recueille 400 000 cas, 190 000 guéris et près de 10 000 morts. Quant au Sénégal, où le premier cas, importé, a été déclaré le 02 mars, la riposte a été rapide et vigoureuse dès le début. Le premier décès a été enregistré le 31 mars 2020, avec la disparition de Pape Diouf, emblématique Président de l’Olympique de Marseille, ancien journaliste et agent de joueurs. Aujourd’hui, avec 8 800 cas positifs, dont 5900 guéris, 167 décès, le Sénégal fait partie des États qui contrôlent la COVID et se tourne vers l’avenir avec sérénité.
Le premier test du déconfinement, après la libre circulation entre les régions, l’ouverture des marchés et des gares routières, aura été le 25 juin le retour en classes de 550 000 élèves en année d’examen et de 100 000 enseignants. C’est un véritable succès en attendant, 3 millions d’élèves et 200 000 étudiants suivent des cours en ligne, à la télévision, à l’aide de polycopiés en prélude à un retour aux enseignements-apprentissages en présentiel en septembre et en novembre. C’est aussi le lieu de rendre un hommage mérité à l’ensemble de nos compatriotes, notamment à l’administration territoriale, aux forces de défense et de sécurité, aux autorités religieuses et coutumières, aux enseignants, aux artisans, commerçants, transporteurs, à la société civile, aux jeunes, aux femmes, aux sportifs, aux femmes et hommes de culture et des médias, aux fonctionnaires anonymes… Chacun a su bien jouer sa partition.
Il n’est pas question de crier victoire trop tôt, mais les résultats déjà engrangés augurent de meilleurs lendemain vers l’émergence grâce au renforcement du capital humain, à la poursuite des réformes, au développement des infrastructures, du partenariat public-privé, à la promotion du consommer local, au financement de la production et des filets sociaux avec la micro-finance notamment… Il s’agit de continuer à maintenir le cap sur l’horizon 2035, de réajuster la stratégie de mise en œuvre de ces chantiers colossaux afin de contenir les effets de la pandémie. Toutefois, avec l’annulation de la dette publique et le rééchelonnement de celle privée, l’exploitation attendue des ressources gazières et pétrolières, l’intégration régionale, la monnaie ouest-africaine ECO et la zone de libre échange continentale (ZLECA), permettront de booster l’émergence économique et sociale au bénéfice des populations.
Quoi qu’il en soit, l’Afrique semble se comporter face à la pandémie, mieux que d’autres continents pourtant mieux dotés sur le plan économique, logistique et sanitaire. Néanmoins, il n’est pas question de tomber dans un optimisme béat et la passivité. La vigilance doit continuer à être de rigueur, partout et en tout temps, pour se protéger et protéger les autres, en respectant les gestes barrières. C’est là une des forces de notre démocratie et de notre espérance.
Boubacar Siguiné SY
Ministre Conseiller
