En revisitant Camp de Thiaroye, le film emblématique de Sembène Ousmane réalisé en 1988, la trahison se ressent comme si c’était hier, en 1944.

L’heure est venue de ne plus attendre que la France reconnaisse son forfait.
Il est temps de célébrer « la journée mondiale contre la trahison des ex-colons et le travestissement de l’histoire ».
Le massacre de Thiaroye en décembre 1944 marque un tournant dans l’histoire coloniale française, un drame dont l’écho résonne encore dans la conscience collective sénégalaise et au-delà.
Des dizaines de tirailleurs sénégalais, ayant servi avec honneur dans l’armée française pendant la Seconde Guerre mondiale, ont perdu la vie sous les balles de leurs propres officiers.
Une question demeure : comment se positionner, en tant qu’intellectuel africain, quatre-vingts (80) ans après cette tragédie inouïe ?
Le devoir de mémoire…
Se souvenir de Thiaroye est avant tout un devoir moral. Ce massacre n’est pas seulement un fait historique, il incarne les violences d’un colonialisme qui, même dans les pages sombres de la guerre, a perpétué des inégalités raciales et une violence institutionnelle.
Un intellectuel africain aujourd’hui doit s’ériger en gardien de cette mémoire, non seulement pour honorer les martyrs, mais aussi pour comprendre les mécanismes de cette histoire et les chemins exacts qui nous ont menés à notre réalité contemporaine.
Décoloniser la mémoire…
Un des enjeux majeurs pour l’intellectuel africain est de décoloniser la mémoire collective.
Les récits historiques entourant Thiaroye ont souvent été biaisés par un récit dominant, minimisant la gravité de la tuerie pour la rendre acceptable dans le cadre d’une « répression ».
Ce n’est qu’en révélant la véritable nature des événements que nous pouvons commencer à réécrire notre propre récit. Il est crucial de donner une voix aux témoins, aux descendants des victimes, d’explorer la douleur et les répercussions du massacre dans la culture sénégalaise. Par cette démarche, non seulement archivistique mais profondément humaine, un véritable travail de réparation et d’empowerment peut commencer.
Un modèle de résilience…
La mémoire de Thiaroye peut aussi être envisagée sous l’angle de la résilience. Ce massacre est un élément récurrent d’une résistance plus large contre le colonialisme.
En tant qu’intellectuel, il faut adopter un discours qui ne se contente pas de pointer le doigt vers le passé, mais qui appelle à l’action dans le présent.
Ce massacre ne doit pas rester un simple souvenir, mais servir de moteur pour des réflexions sur la justice sociale, l’égalité des droits et l’engagement contre les néocolonialismes d’aujourd’hui
