Ingénieur-polytechnicien, urbaniste, environnementaliste, Dr Omar Cissé, éminent spécialiste de la gestion des déchets et du cadre de vie, devient le maire de l’une des villes réputée des plus sales du Sénégal. En lui, les Rufisquois ont un grand espoir. Non seulement en raison de ses aptitudes intellectuelles et professionnelles, mais aussi pour son engagement et sa trajectoire jusque-là sans faille.
Il est comme le phénix. Il apparait généralement au moment des élections, surtout territoriales. Et disparait souvent aussitôt après pour s’occuper de ses affaires. Lui c’est le nouveau maire de Rufisque, Dr Omar Cissé, décrit comme un homme intègre, sérieux, sociable, affable…. un politique pas comme beaucoup d’autres. Dans un entretien avec EnQuête, il disait : ‘’Moi je ne peux pas me permettre de faire la politique-politicienne. Cela ne me correspond pas. Malheureusement ici, c’est le règne de la politique-politicienne. Ce qui n’a pas toujours facilité les choses’’.
Il aurait pu être un leader d’envergure nationale. Mais il a jusque-là préféré concentrer toutes ses forces pour la conquête de sa ville natale. Intellectuel de renommée internationale, Omar Cissé fait partie des leaders les plus en vue de la scène politique locale, depuis 2009. Au début, c’était loin des grands appareils politiques, avec son mouvement citoyen Vision Rufisque, dont la base affective se trouve dans la commune de Rufisque Est. Depuis lors, le discours n’a presque jamais fléchi. Toujours avec la même hargne, la même passion, la même détermination. ‘’Ngir yala wa rassoulihi, suppliait-il intensément dans un entretien récent avec EnQuête durant la campagne, nama populations yi jox dekk bi ma defar ko. (De grâce, que les Rufisquois me donnent cette ville, je vais la transformer avec eux’’. De la prétention, diraient peut-être certains ; un gout prononcé du pouvoir pour d’autres. Mais pour ceux qui le connaissent, c’est juste une passion débordante pour la Ville qui a vu naitre ses ancêtres et qui est dans un état délabrement très avancé.
Interpellé sur cette envie qui frise l’obsession, le candidat de Yewwi Askan Wi répondait : ‘’C’est tout simplement parce que le visage de Rufisque ne me plait pas. S’il y avait une autre façon de faire la ville sans participer à la chose politique, je l’aurais fait. Mais je n’en ai malheureusement pas trouvé. D’où mon implication en politique en tant qu’acteur’’. Homme de conviction, Omar Cissé a rarement eu, en politique, d’autres préoccupations que sa ville natale. Une des raisons pour lesquelles, il est très peu connu au-delà des frontières rufisquoises, alors que c’est l’un des Sénégalais les plus brillants dans son domaine.
S’il y avait une autre façon de faire la ville sans la politique, je l’aurais choisi
Candidat malheureux aux élections locales de 2009 et de 2014, le nouveau maire de Rufisque n’en est pas pour autant un politicien professionnel. D’ailleurs, n’eut été son engagement obsessionnel pour le développement de la Ville, il aurait déjà abandonné le projet sur la demande de certains proches. Le visage rayonnant en ce lendemain de victoire, son épouse Aby Sylla confie : ‘’Omar est un battant, persévérant qui ne renonce jamais. Ce sont ses enfants qui lui disaient parfois : papa il faut laisser tomber, parce que les gens ne te comprennent pas. A chaque fois, il leur disait que cette politique, il la fait aussi pour remplir un sacerdoce, être au service du Seigneur. Si les gens comprennent, c’est tant mieux. Sinon aussi, il aura rempli son devoir. Dieu l’a récompensé de son engagement et de ses bonnes intentions’’.
Rufisquoise elle-même, d’ancêtres originaires des quartiers lébou de Diockoul avant que la famille ne s’installe à Keury Souf, Mme Cissé ne doute pas un instant que son époux va transformer le visage de la vieille ville. Elle assure : ‘’Ce que j’aime le plus dans cette victoire, c’est qu’Omar va changer cette ville. Je l’ai toujours dit à ma famille et à mes proches. Ce n’est pas parce que c’est mon époux, mais parce que je sais son amour pour cette ville ; le projet qu’il a pour cette ville ; je sais aussi ce dont il est capable. C’est pourquoi je leur ai toujours dit : essayez Omar et c’est sûr que vous n’allez pas le regretter’’.
Ingénieur polytechnicien en génie civile, Dr Omar Cissé retourne ainsi dans une institution qu’il connait assez bien. Il a en effet démarré sa carrière professionnelle dans la ville de Rufisque en tant que directeur des services techniques, en 1988 avec Mbaye Jacques Diop. L’enfant de Mérina venait juste de sortir de l’Ecole polytechnique. Tout le prédestinait à travailler pour les villes. Une raison supplémentaire de ce que certains considèrent comme une obsession. Il explique : ‘’D’autres peuvent être insensibles en voyant cette situation dans laquelle se trouve notre ville. Mais moi, je ne peux me le permettre parce que mon cœur de métier tourne autour de la ville. Ces difficultés qui hantent Rufisque m’interpellent donc plus que tous les autres. Partout où je vais, je me dis : ‘mon Dieu pourquoi je n’arrive pas à faire bouger les choses dans ma ville’. Aujourd’hui je pourrais faire à Rufisque ce que j’ai fait pour beaucoup d’autres localités’’.
En effet, le bourreau d’Ismaila Madior Fall, d’Albé Ndoye et d’Omar Mané a eu à travailler dans beaucoup de villes du monde dont Kigali au Rwanda, aux Comores…. Il a été trois fois au pays de Paul Kagamé en tant que consultant international pour travailler sur les systèmes de gestion des déchets, soit sur mission de la Banque mondiale, soit pour les nations unies. Parallèlement à ces activités de consultance qui l’ont mené un peu partout, Omar Cissé est aussi un professeur émérite qui sert dans beaucoup d’universités du monde : Montréal, Alexandri, Suisse, Gaston Berger, Cheikh Anta Diop pour ne citer que celles-là. Chercheur, enseignant, il a également écrit beaucoup d’ouvrages sur des questions lancinantes comme les inondations, le logement, la violence, les déchets…
Le khalife général en matière de gestion des déchets
En 2012, dans un élan patriotique, il avait soutenu le candidat Macky Sall dès le premier tour, non sans lui faire signer un protocole. Dès les premiers mois, constatant que le nouveau Président ne respectait pas ses engagements envers Rufisque, il prend ses distances. Jusqu’en 2014, quand le chef de l’Etat fit à nouveau appel à ses compétences. Omar est resté invariable. Il rappelle : ‘’Notre compagnonnage s’était fait sur la base d’un protocole. Malgré ce protocole, Rufisque n’a pas changé. En 2014, quand il m’a appelé, je le lui ai rappelé… Je lui ai montré des photos de la ville pour lui montrer que rien n’a changé deux ans après. Il a dit qu’il me comprend, mais qu’il voudrait aussi que je l’accompagne pour le Sénégal. Parce qu’il sait que beaucoup de ses problèmes comme les inondations, les logements, les déchets entrent dans mon domaine de prédilection’’. D’autres auraient sauté dessus sans réfléchir, Omar, lui, avait une préoccupation restée intacte. ‘’Je lui ai dit qu’il faut aussi fasse cette ville (Rufisque) parce que c’est la raison pour laquelle je suis en politique. Jusqu’en 2018, je n’ai vu aucun changement. J’ai alors pris la décision de lui faire face’’.
Avec le même engagement, le même esprit du don de soi, en 2014, suite à l’élection du libéral Daouda Niang à la tête de la ville, Dr Cissé a eu à sacrifier tout son temps pour doter Rufisque d’un Plan de développement urbain durable (PDUD) d’un cout global de 95 milliards FCFA. Hélas, le génie a manqué à ses prédécesseurs pour le mettre en œuvre. Aujourd’hui, il est aux manettes et sera très attendu surtout pour ce qui est du cadre de vie, particulièrement la gestion des déchets. ‘’Dans ce domaine, je suis quand même un khalife général’’, confiait-il ‘’modestement’’ à EnQuête, avec le sourire en coin.
