Une nouvelle initiative visant la promotion et l’insertion socio-économique des maîtres de daaras et des talibés est en cours de déploiement dans les régions de Tambacounda et de Kolda. Le programme, intitulé « Initiative Daaras Entreprise Économique », ambitionne de former 80 apprenants issus des daaras et 60 maîtres coraniques, en vue de transformer progressivement certaines de ces structures religieuses en véritables entreprises économiques communautaires.

Le projet prévoit des formations techniques dans des secteurs porteurs tels que l’agriculture, l’élevage, la transformation des produits agricoles ainsi que le développement de compétences entrepreneuriales et managériales.
Une réponse aux défis socio-économiques des daaras
Au Sénégal, les daaras occupent historiquement une place centrale dans la transmission des savoirs religieux, des valeurs culturelles et de la cohésion sociale. Présents dans toutes les régions du pays, ils accueillent des milliers de jeunes, souvent issus de milieux modestes ou vulnérables. Malgré ce rôle éducatif et social reconnu, ces structures sont confrontées à plusieurs défis : conditions de vie précaires, manque d’infrastructures adéquates, accès limité à l’éducation de base et faibles perspectives d’insertion économique pour les apprenants. Selon Ibrahima Sory Diallo, secrétaire exécutif de l’ONG La Lumière, la région de Tambacounda, située à l’est du Sénégal, est l’un des territoires les plus vastes du pays, caractérisé par une forte population rurale et un tissu communautaire dynamique. Toutefois, malgré ses importantes ressources naturelles et ses terres agricoles, la région reste confrontée à des défis majeurs en matière de développement et d’insertion économique des jeunes. La région de Kolda présente des caractéristiques similaires. Fortement dépendante de l’agriculture familiale et de l’élevage, elle fait face à des difficultés persistantes en matière d’accès à l’emploi et aux formations qualifiantes pour les jeunes.
Un potentiel agricole encore sous-exploité
Pour Ibrahima Sory Diallo, Kolda constitue une zone stratégique pour la mise en œuvre du projet, en raison de son potentiel agricole et pastoral important, encore insuffisamment valorisé faute de mécanismes adaptés. Dans cette région, les daaras sont nombreux et profondément ancrés dans les communautés. Ils constituent de véritables lieux de vie, d’apprentissage et de solidarité, mais les perspectives offertes aux jeunes qui les fréquentent restent limitées en raison du manque de moyens et d’opportunités économiques.
Repositionner les daaras comme acteurs du développement local
L’objectif central du programme est de repositionner les daaras comme des acteurs de transformation locale, capables de contribuer à l’autonomisation des jeunes, à la lutte contre la pauvreté et à la promotion d’un développement durable. Selon les données de l’Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD), le Sénégal compte plus de 1 500 daaras, accueillant des milliers de jeunes majoritairement issus de milieux vulnérables. Pourtant, la plupart de ces structures ne disposent pas des ressources ni des mécanismes nécessaires pour préparer les apprenants à une insertion économique durable.
Une initiative en phase avec les politiques nationales
Le projet s’inscrit également dans la dynamique du référentiel Sénégal 2050, qui prévoit la modernisation et la professionnalisation des daaras. Dans ce cadre, l’État a lancé le programme Daara-Atelier, visant à intégrer la formation professionnelle au sein des daaras afin de doter les talibés de compétences certifiées. L’« Initiative Daaras Entreprise Économique » s’aligne sur cette orientation en proposant des formations techniques ainsi que des appuis financiers et matériels pour soutenir la création d’activités génératrices de revenus. L’objectif est également de réduire progressivement la mendicité des enfants talibés et de diminuer leur présence dans la rue, tout en améliorant leurs conditions de vie.
Garantir les droits et la protection des enfants
Au-delà de la formation professionnelle, le projet met l’accent sur la sécurité des enfants, la prise en charge nutritionnelle et sanitaire ainsi que l’amélioration des conditions d’apprentissage. Les initiateurs assurent que les activités respecteront les normes de l’Organisation internationale du travail (OIT) ainsi que les droits fondamentaux des enfants, avec des perspectives d’insertion plus solides pour les bénéficiaires. Les autorités locales, les maîtres de daaras et plusieurs partenaires ont déjà exprimé leur volonté d’accompagner cette dynamique. Le projet ambitionne ainsi de faire des daaras des espaces d’expérimentation, de formation pratique et de création de revenus, tout en respectant leur rôle traditionnel dans la société sénégalaise.
Pape Demba Sidibé
