À travers une sortie médiatique musclée ce mardi 5 mai 2026, le collectif des avocats de Seydou Kane est monté au créneau pour « déconstruire » ce qu’il qualifie de « confusion savamment entretenue » autour du litige opposant AEE Power à l’ASER.

Pour Me Abdou Dialy Kane, il est impératif d’éclairer l’opinion publique sur les véritables enjeux d’un dossier qu’il juge complexe et volontairement brouillé. L’avocat a également déploré un climat des affaires délétère : « Dans tous les pays, les hommes d’affaires accompagnent l’économie. Seydou Kane, en patriote, a joué ce rôle. Aujourd’hui, on tente de le livrer à l’opinion sans fondement légal », a-t-il affirmé.
Le bâtonnier monte au front et dénonce un « matraquage médiatique »
Face à ce qu’il qualifie de « campagne de dénigrement orchestrée », le bâtonnier de l’Ordre des avocats, Me Leity Ndiaye, a pris la parole aux côtés de la défense. Pour lui, Seydou Kane est la cible d’un montage conflictuel. Tout en rappelant que les différends doivent être tranchés devant les juridictions compétentes, il a jugé nécessaire de « rétablir la vérité » devant l’opinion publique. « Il ne s’agit pas ici de polémiquer, mais d’informer juste », a-t-il martelé, dénonçant une tentative d’inversion des responsabilités.
Retour sur « l’Asergate » : une stratégie de diversion ?
Revenant sur l’origine du dossier, Me Boubacar Koïta a évoqué l’affaire dite « Asergate », dénonçant une stratégie de brouillage visant à diluer les responsabilités.
S’inspirant de la maxime de Charles Pasqua — « créer une affaire dans l’affaire » — il estime que plusieurs projets distincts (AEE Power, Intermat, Passante) ont été artificiellement amalgamés. Selon lui, l’introduction du nom de Seydou Kane dans le débat répondrait à une logique de focalisation médiatique : détourner l’attention des faits matériels.

Un rôle jugé « déterminant » dans le projet
Au cœur de la défense, le rôle de Seydou Kane est présenté comme central. Sénégalais établi en Espagne, il est décrit comme l’initiateur du projet d’électrification rurale, initialement destiné à 922 localités, puis étendu à 1 600 villages dans les régions de Kaffrine, Kolda, Saint-Louis, Tambacounda et Kédougou. Selon le bâtonnier, il a assuré la structuration complète du projet : de la conception technique à la mobilisation des financements auprès de partenaires espagnols, dont une banque ayant salué officiellement son implication.
Le « nerf de la guerre » : une avance de plus de 36 milliards FCFA
Le litige s’est cristallisé autour du financement. À la demande des partenaires étrangers, un protocole d’accord est signé en novembre 2023 avec AEE Power EPC Espagne, prévoyant que la société sénégalaise exécute 60 % des travaux. Sur un projet estimé à 140 millions d’euros, une avance de démarrage de 40 % — soit plus de 36 milliards FCFA — est débloquée en mars 2024. Mais selon Me Leity Ndiaye, dès réception des fonds, la société étrangère aurait adopté une attitude « dilatoire », refusant de reverser à la partie sénégalaise sa part contractuelle (environ 40 millions d’euros). Après une mise en demeure envoyée le 18 juin 2024, une résiliation unilatérale est notifiée trois jours plus tard. Pour la défense, la stratégie serait claire : évincer le partenaire sénégalais pour capter l’intégralité du financement.
Un porteur de projet évincé après mobilisation des financements
La défense présente ainsi Seydou Kane comme l’architecte du projet, écarté une fois les fonds sécurisés. « Quelle logique justifie l’éviction de celui qui a structuré le projet une fois les fonds décaissés ? », s’est interrogé Me Koïta.
Blocage institutionnel et suspension du financement
Face à cette éviction, la partie sénégalaise a saisi l’organe de régulation des marchés publics, dont la compétence aurait été contestée par l’ASER et la société étrangère. Alertées par l’absence de démarrage des travaux, les institutions financières espagnoles ont suspendu le financement. « Des fonds colossaux ont été engagés sans qu’on puisse tracer leur utilisation ni constater un début d’exécution », dénonce la défense.

La question centrale : « où sont passés les milliards ? »
Au cœur de l’argumentaire, une interrogation majeure persiste : le devenir des fonds mobilisés, estimés à plus de 36 à 37 milliards FCFA. Les avocats dénoncent une tentative de diversion : « On parle de 900 millions supposés, mais on élude les montants réellement en jeu. »
Mise au point sur les dossiers Intermat et Passante
Le bâtonnier a également clarifié les autres dossiers associés au nom de Seydou Kane. Dans l’affaire Intermat, il précise que son client, bien qu’actionnaire majoritaire, n’est pas signataire du marché public, attribué à une société étrangère. Aucun flux financier personnel n’aurait été identifié. Concernant Passante, il indique que Seydou Kane ne détient que 20 % du capital et n’exerce aucun rôle opérationnel. Il aurait, au contraire, injecté 237 millions FCFA de ses fonds propres pour soutenir l’activité.
Me Dior Diagne : « aucune résiliation contractuelle possible »
Sur le plan juridique, Me Dior Diagne réfute toute résiliation du contrat par l’État : « Il n’y a pas de résiliation possible, car AEE Power Sénégal n’a jamais été liée contractuellement à l’État. »
L’ASER au cœur du dispositif
L’avocate insiste sur le rôle central de l’ASER : « Elle est le maître d’œuvre du processus. Elle ne peut pas se dédouaner. » La défense rappelle qu’AEE Power Sénégal devait exécuter 60 % du marché, dépassant le seuil légal de sous-traitance fixé à 40 %. « Il s’agit donc d’une co-traitance, avec des implications juridiques importantes », explique-t-elle. Le projet visait l’électrification de plusieurs régions du Sénégal, avec un impact direct sur des milliers de populations rurales encore en attente. Les avocats rejettent les accusations de faux, soulignant l’absence de preuves et l’incohérence liée à l’exonération fiscale du projet.
« Seydou Kane est une victime » : une défense offensive
En conclusion, le bâtonnier pose une question clé :
« Où est passée l’avance de démarrage dans le dossier AEE Power ? » Me El Hadji Amadou Sall a dénoncé la « brutalité » des attaques : « C’est devant l’opinion que nous avons été attaqués, c’est donc devant elle que nous rétablissons la vérité. »
La défense affirme ainsi sa détermination à faire prévaloir « l’exacte matérialité des faits » devant la justice.
