Au Sénégal, la lutte contre la corruption franchit une nouvelle étape de fermeté. Le président de l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC), Moustapha Ka, a exprimé ses inquiétudes face au faible niveau de conformité des autorités publiques concernant la déclaration de patrimoine, une obligation pourtant encadrée par la loi.

Invité de l’émission Point de vue animée par Omar Gningue, le magistrat a révélé que plusieurs ministres ainsi que des responsables d’institutions publiques n’ont toujours pas régularisé leur situation administrative. Une situation jugée préoccupante au regard des exigences de transparence imposées aux gestionnaires de deniers publics.
Selon les chiffres communiqués par l’organe anticorruption, 1 594 personnes sont actuellement assujetties à la déclaration de patrimoine au Sénégal. Pourtant, seules 558 déclarations ont été effectivement enregistrées à ce jour. Un écart important qui met en lumière les difficultés rencontrées par l’institution dans le suivi des obligations déclaratives.
Le président de l’OFNAC a également indiqué que huit ministères et institutions n’ont pas encore transmis leurs listes nominatives, une étape pourtant indispensable pour identifier les personnes concernées et assurer le contrôle prévu par la loi.
« Il y a des ministres qui n’ont pas encore fait leur déclaration de patrimoine », a affirmé Moustapha Ka, précisant que certains dossiers en retard concernent aussi des responsables relevant de l’ancien dispositif administratif.
Jusqu’ici, l’OFNAC affirme avoir privilégié une démarche pédagogique et diplomatique afin d’encourager les concernés à se conformer volontairement à leurs obligations. Mais le ton semble désormais changer. Le patron de l’institution prévient que les nouvelles dispositions issues de la réforme de 2025 permettront bientôt d’appliquer des sanctions contre les récalcitrants.
Grâce à cette réforme, l’OFNAC dispose désormais de mécanismes coercitifs plus étendus. L’institution peut notamment ordonner une retenue sur salaire équivalente au quart du traitement des personnes mises en demeure et restées sans réaction.
La législation prévoit également des sanctions pénales pouvant aller de six mois à quatre ans d’emprisonnement pour défaut de déclaration de patrimoine. À cela s’ajoutent des amendes représentant le tiers du patrimoine concerné, ainsi qu’une possible interdiction d’exercer des fonctions publiques.
Sur la question sensible de la transparence, Moustapha Ka a rappelé que la loi sénégalaise n’autorise pas la publication détaillée des patrimoines des ministres et chefs d’institutions. Seul le président de la République est soumis à une obligation constitutionnelle de publicité de son patrimoine, conformément à l’article 37 de la Constitution.
En revanche, l’OFNAC pourrait rendre publics les noms des responsables refusant de respecter leurs obligations légales. Ces informations pourraient être diffusées à travers le site officiel de l’institution, le Journal officiel ou d’autres supports de communication publique.
À travers cette sortie médiatique, l’OFNAC semble vouloir envoyer un signal clair : la déclaration de patrimoine n’est plus une simple formalité administrative, mais un instrument central dans la gouvernance publique et la lutte contre l’enrichissement illicite au Sénégal.
Par imam chroniqueur
Babacar Diop
