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Casamance-Kataba 1 : Double deuil et détresse infrastructurelle à la cité religieuse de Darou Khairy

La communauté musulmane, et plus particulièrement la famille chérifienne de la Casamance, est plongée dans une profonde affliction. En l’espace de quelques heures, la cité religieuse de Darou Khairy, située dans la commune de Kataba 1 (département de Bignona), a perdu successivement son Khalife Général, Chérif Mamina Aidara, et son successeur désigné, Chérif Cheikh Sidy Bouya Aidara. Une coïncidence divine qui laisse la localité orpheline, au moment où celle-ci crie son urgence de désenclavement.

Une succession de décès qui ébranle l’Ummah Islamique


Le coup est rude pour la cité religieuse de Darou Khairy. Le Khalife Général de la famille de Chérif Samsidine Aidara, Chérif Mamina Aidara, a tiré sa révérence ce dimanche 31 mai 2026 à l’Hôpital de la Paix de Ziguinchor. Il a été inhumé l’après-midi même dans son village natal, auprès de son vénéré père.
Alors que la communauté pleurait encore son quatrième guide spirituel, le destin a de nouveau frappé. Quelques heures plus tard, ce lundi matin, son frère cadet et successeur désigné au trône du khalifat, Chérif Cheikh Sidy Bouya Aidara (qui devait devenir le cinquième Khalife), s’est éteint à son tour. Il a rejoint sa dernière demeure ce lundi à 17 heures.
Porte-parole de la cité religieuse et président de la Fédération des associations religieuses et des communautés en Casamance, Chérif Boun Aidara exprime la sidération de toute une région face à ce qu’il qualifie de « coïncidence divine » :
« C’est un double décès qui frappe la famille de Chérif Samsidine Aidara, mais aussi toute la famille chérifienne de Cheikh Mahfouz Aidara. Deux personnages qui ont été des symboles de dévotion, formés à la dure école coranique et au voyage du savoir en Mauritanie et en Casamance. »
La cérémonie du cinquième jour (le « Fiddaou ») sera célébrée ce dimanche 7 juin 2026 à Darou Khairy, où sont attendues des délégations issues de toute la sous-région (Mauritanie, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Sierra Leone, Maroc), ainsi que les communautés locales alliées (Diola du Boulouf, du Kalounaye, du Fogni, du Kassa, du Djawankunda, du Naran et du Balantacunda).

Le legs d’une lignée de bâtisseurs


Pour comprendre l’impact de cette double perte, il faut remonter à la généalogie de cette lignée de saints hommes. Chérif Mamina Aidara avait accédé au Khalifat en 2024, succédant à Chérif Mahmoud Fadel Bounané (2022-2024), lui-même successeur de Chérif Mamel Bouna Aidara (décédé en 2022). Avant eux, le Khalifat avait été guidé par Chérif Cheikh Hatab Aidara (à partir de 1999) et Chérif Cheikh Mahfouz Kebandi, qui avait repris le flambeau après la disparition du patriarche fondateur, Chérif Samsidine Aidara, en 1990.
Les deux illustres disparus incarnaient des valeurs d’obéissance, de foi, de respect des autorités, mais aussi un attachement viscéral à la terre, marchant sur les pas de leur père qui fut un grand maître coranique et un fervent cultivateur.

Le cri du cœur à l’État : désenclaver Darou Khairy avant l’hivernage


Au-delà de la douleur spirituelle, ce double deuil remet en lumière une situation socio-économique devenue insupportable pour les populations locales : l’enclavement chronique de cette zone à forte vocation agricole et religieuse.
Chérif Mamina Aidara, du temps du Président Abdou Diouf, s’était personnellement investi pour l’ouverture de la piste de production 421 reliant Darou Salam Chérif à Darou Khairy. Depuis lors, le statu quo demeure. Les régimes successifs des Présidents Abdoulaye Wade et Macky Sall n’ont pas apporté les transformations tant attendues.
Aujourd’hui, à l’aube de l’hivernage où les routes deviennent totalement impraticables, la déception est palpable, notamment après le remaniement lié aux infrastructures :
« Avec le Président Diomaye Faye, nous avions un grand espoir, surtout lorsque notre frère Yankouba Diémé était en charge des infrastructures. Nous espérions qu’enfin cette route soit bitumée », regrette le porte-parole Chérif Boun Aidara.
La communauté lance donc un appel pressant au Président de la République Bassirou Diomaye Diakhar Faye et à son gouvernement. Elle réclame l’intégration d’urgence de Darou Khairy et de Darou Salam Chérif dans le Programme national de modernisation des foyers religieux. Il s’agit non seulement de bitumer les axes routiers avant les grandes pluies, mais aussi de doter la cité d’infrastructures d’accueil adéquates pour les milliers de pèlerins lors des Ziarras.
En ces moments de recueillement, la Casamance prie pour le repos de l’âme de ses guides, tout en espérant que l’État entendra enfin le plaidoyer de cette cité historiquement oubliée.

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