Depuis vingt-cinq ans au Sénégal, Thomas Grand s’est imposé comme une figure incontournable du cinéma documentaire. Réalisateur passionné, il s’attache à révéler au grand public des aspects méconnus de la société sénégalaise à travers son regard de cinéaste venu d’ailleurs. Sa dernière initiative prend la forme d’une soirée culturelle organisée à l’Alliance française, dans le cadre de la dynamique Pratam. Cet événement-hommage réunit chercheurs, universitaires, cinéastes et photographes autour des patrimoines agroécologiques de la Casamance.

La Casamance, région méridionale du Sénégal, est souvent présentée comme un véritable trésor écologique et culturel. Cette soirée est l’aboutissement d’un travail de longue haleine engagé il y a deux ans, mêlant réflexion scientifique, création artistique et engagement environnemental. La dynamique Pratam fédère ainsi divers acteurs autour d’une ambition commune : faire connaître, valoriser et préserver les richesses agricoles, culturelles et humaines de cette région.

« Depuis deux ans, nous menons de profondes réflexions sur l’univers de la Casamance, à travers ses patrimoines agroécologiques, mais également ses dimensions culturelles et spirituelles », explique Thomas Grand. « C’est un territoire où cohabitent traditions ancestrales, savoir-faire agricoles et enjeux contemporains qui méritent d’être mieux connus et valorisés. »

Des œuvres artistiques au service de la mémoire et de la sensibilisation
Au cœur de cette soirée, plusieurs créations artistiques témoignent de cette volonté de transmission et de préservation. Une exposition photographique signée Raphaël Bellemin, chercheur et photographe, met en lumière la diversité des pratiques agricoles ainsi que les paysages emblématiques de la Casamance. Chaque cliché raconte une histoire, celle d’un lien profond entre les populations et leur environnement.
Le film Poisson d’or, poisson africain, présenté par Thomas Grand, offre quant à lui une immersion sensible dans les traditions locales liées à la pêche et aux rapports qu’entretiennent les communautés avec la nature. À travers cette œuvre, le réalisateur souligne l’importance des ressources naturelles et les menaces qui pèsent sur elles dans un contexte marqué par les changements climatiques et les pressions économiques.
La projection d’un film consacré aux rites funéraires, réalisé par Ibrahima Bouya Bassène, rappelle également que le patrimoine ne se limite pas aux pratiques agricoles. Il englobe aussi les croyances, les savoirs et les coutumes qui façonnent l’identité des communautés. Cette œuvre invite ainsi à appréhender la Casamance dans toute sa complexité, où écologie, culture et spiritualité sont intimement liées.

Une mobilisation pour une valorisation durable des patrimoines
Au-delà de leur dimension artistique, ces initiatives répondent à un impératif de préservation. Les patrimoines agroécologiques et culturels de la Casamance demeurent fragiles face aux mutations rapides que connaît la région, notamment la déforestation, l’urbanisation croissante et diverses pressions socio-économiques.
Dans ce contexte, il apparaît essentiel de mobiliser non seulement les chercheurs, mais également les artistes, les collectivités et la société civile autour de projets durables.
Thomas Grand a insisté sur le rôle que peuvent jouer les créateurs dans cette dynamique : « En tant qu’artistes, nous exprimons nos émotions et notre regard sur ces réalités complexes. Notre travail contribue à sensibiliser les populations, à éveiller les consciences et à mettre en lumière ces patrimoines agroécologiques indispensables à l’avenir de la région. »
L’événement organisé à l’Alliance française illustre parfaitement cette convergence entre recherche scientifique, création artistique et engagement citoyen. Portée par la dynamique Pratam, cette démarche ouvre la voie à une meilleure reconnaissance des potentialités de la Casamance, dans le respect des savoirs locaux et de l’environnement.
Selon Thomas Grand, cette soirée culturelle ne constitue pas une simple célébration. Elle se veut avant tout une prise de parole nécessaire sur les enjeux liés à la préservation des patrimoines vivants. Elle invite le public à découvrir des pratiques souvent méconnues, à comprendre les liens profonds qui unissent les communautés à leur milieu naturel et, surtout, à participer à la construction d’un avenir plus durable.

À travers ses documentaires et ses collaborations, Thomas Grand poursuit ainsi un travail de témoignage et d’immersion au long cours. Son regard singulier, celui d’un réalisateur étranger profondément enraciné au Sénégal, contribue à enrichir les échanges et à nourrir un dialogue interculturel fécond.

En mettant en lumière ces héritages précieux, cette soirée confirme que la sauvegarde des patrimoines agroécologiques constitue un enjeu majeur non seulement pour la Casamance, mais également pour l’ensemble du Sénégal et du continent africain. Une cause essentielle, portée par la conviction que l’art, la recherche et l’engagement citoyen peuvent ensemble ouvrir des perspectives d’espoir et de renouveau.
