
Alors que l’agence internationale Standard & Poor’s (S&P) vient d’abaisser la note souveraine du Sénégal à B-, l’opposant Thierno Bocoum, président du mouvement AGIR–Les Leaders, est monté au créneau pour dénoncer une gestion qu’il juge « improvisée, opaque et répressive » des finances publiques. Dans une déclaration rendue publique ce lundi, il alerte sur une perte de confiance majeure des partenaires financiers et dénonce une fuite en avant du pouvoir en place.
Après Moody’s en février dernier – qui avait déjà rétrogradé la note du Sénégal de B1 à B3 –, c’est désormais S&P qui tire la sonnette d’alarme en plaçant le pays sous perspective négative. Pour Thierno Bocoum, ces décisions illustrent « l’incapacité de l’État à présenter une situation budgétaire crédible ». Le gouvernement, rappelle-t-il, a lui-même reconnu l’existence de manipulations comptables sous le précédent régime, sans pour autant produire à ce jour « une évaluation consolidée, transparente et cohérente » de l’état réel des finances publiques.
Ce qui inquiète davantage encore l’opposant, c’est l’absence d’un mécanisme institutionnel interne capable de fournir des données fiables au Fonds monétaire international (FMI). « Aujourd’hui, ce sont des consultants étrangers qui doivent dire au Sénégal ce qu’il a réellement dans ses comptes. Le FMI attend, les bailleurs suspendent, le pays patiente… sans visibilité, sans tableau de bord », déplore-t-il.
Selon lui, cette perte de crédibilité a des conséquences concrètes : hausse du coût de la dette, difficultés d’accès aux marchés internationaux, ralentissement de l’investissement et fragilisation de l’économie réelle. « C’est le prix de l’improvisation budgétaire », tranche-t-il.
Face à cette crise, le gouvernement multiplie les annonces : rebasing du PIB à venir, stratégie de financement en cours, relance de la coopération internationale… Mais sur le terrain, constate Thierno Bocoum, les résultats se font attendre. « Le pouvoir d’achat chute, l’investissement public stagne, les recettes issues du pétrole ou de la fiscalité accrue n’ont produit aucun effet tangible. L’économie s’enlise, et le régime s’abrite derrière l’héritage pour masquer sa propre vacuité ».
Autre sujet de préoccupation soulevé par Thierno Bocoum : la répression des voix critiques. Il dénonce une série d’arrestations récentes pour délit d’opinion, citant notamment le cas de Badara Gadiaga, interpellé pour avoir « mis en doute l’efficacité de ceux qui prétendent incarner la rupture ». Pour le leader d’AGIR, cette stratégie d’intimidation vise à « briser les voix discordantes » et à contenir la pression sociale, mais elle ne saurait masquer les réalités. « On peut enfermer des hommes, mais pas des faits. On peut taire des vérités, mais pas en faire disparaître les conséquences », insiste-t-il.
Thierno Bocoum conclut son propos par un appel à restaurer « l’essentiel » : l’action juste, la compétence réelle et la responsabilité politique. « Le peuple sénégalais ne s’est pas battu pour un simple changement de visages. Il a exigé un changement de méthode, de cap, de pratiques. Gouverner, ce n’est pas dénoncer, promettre ou emprisonner. C’est anticiper, construire, arbitrer, et décider avec courage. »
