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De l’état civil au désespoir : le drame silencieux des élèves sans papiers !(Par un enseignant indigné)

À Thiadiaye, le rêve d’un diplôme s’est transformé en cauchemar. Un jeune élève de Terminale, A. Faye, a tenté de mettre fin à ses jours, exclu des épreuves du baccalauréat 2025 à cause d’un extrait de naissance jugé non conforme. Un simple document administratif a suffi pour briser une vie. Et, avec elle, toute une illusion : celle d’un système éducatif équitable, accessible et humain.

Un acte désespéré, un silence coupable !

A. Faye n’avait que 23 ans. Étudiant sérieux, engagé dans ses études, il n’a pas baissé les bras après la notification de son exclusion. Il a continué à suivre les cours, en silence, comme si la régularité retrouvée de sa présence allait suffire à réparer l’injustice. Mais ce silence n’était pas celui du déni. C’était celui du désespoir. Le 27 juin, il s’est enfermé dans sa chambre. Dix coups de couteau à l’abdomen. Puis la gorge tranchée. Un geste extrême. Un cri silencieux. Une tentative de suicide qui, aujourd’hui encore, le maintient entre la vie et la mort.

Quand l’administration efface les élèves !

Ce drame, aussi bouleversant soit-il, n’est pas un accident isolé. Il est le symptôme d’un mal plus profond : l’invisibilité de milliers de jeunes au Sénégal, coincés entre un système éducatif exigeant et un système d’état civil défaillant. Combien d’enfants, d’adolescents, de futurs diplômés sont chaque année recalés, humiliés, exclus, pour une irrégularité administrative dont ils ne sont pas responsables ?

Un extrait de naissance n’est pas qu’un papier. C’est une identité, une existence légale, une porte d’entrée dans la République. Quand il manque, ou qu’il est contesté, c’est tout un parcours de vie qui s’effondre.

Une école qui ne protège pas, une société qui détourne les yeux !

Ce que l’histoire d’A. Faye révèle, c’est aussi l’absence d’écoute, de prévention, d’accompagnement. Personne ne l’a vu venir. Aucun signal, aucune prise en charge. Ni l’école, ni l’administration, ni la communauté. Pourtant, le poids psychologique de cette exclusion était écrasant. Il portait seul ses rêves, ses angoisses, et son sentiment d’injustice. Jusqu’à l’irréparable.

Dans un pays où la jeunesse représente la majorité de la population, peut-on encore tolérer un système aussi indifférent aux détresses silencieuses ? Que vaut un ministère de l’Éducation, si les élèves y sont considérés comme des numéros à régulariser plutôt que comme des vies à protéger ? Que vaut une réforme de l’état civil, si elle n’atteint pas les écoles, les lycées, les centres de formation ?

Ne pas laisser retomber le silence !

Le drame de Thiadiaye ne doit pas être un simple fait divers relayé dans la presse, puis oublié. Il doit servir d’électrochoc. Il doit ouvrir un débat national, lucide et courageux, sur :

  • La modernisation urgente de l’état civil ;
  • La mise en place de dispositifs d’écoute et de soutien psychologique dans les établissements scolaires ;
  • La création de voies de recours rapides et accessibles pour les élèves confrontés à des problèmes administratifs ;
  • Et, plus largement, une humanisation des politiques éducatives.

Nous ne pouvons pas continuer à bâtir une école qui exclut les plus vulnérables, qui criminalise les irrégularités au lieu de les corriger, qui laisse les jeunes mourir en silence.

Aujourd’hui, A. Faye lutte pour sa vie. Demain, un autre jeune pourrait suivre le même chemin si rien ne change. Ce n’est pas à lui de porter seul la responsabilité de cette tragédie. C’est à nous, société, parents, enseignants, responsables politiques, citoyens, d’en tirer toutes les leçons. Avant qu’il ne soit trop tard.

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