
Le sous-sol du Sénégal recèle d’immenses richesses : or, zircon, phosphates, attapulgites ou encore pierres ornementales. Un potentiel minier à la fois diversifié et stratégique, au cœur du développement économique du pays. Conscient des attentes de la population et des défis d’une exploitation durable, le ministère de l’Énergie, du Pétrole et des Mines a lancé, du 18 au 26 septembre, des journées portes ouvertes dans les cinq pôles miniers du pays. Pour le pôle sud-est, la rencontre s’est tenue ce 24 septembre à Kédougou, au Bio-Parc, sous la présidence du ministre des Mines, Birame Souley Diop.

La cérémonie s’est déroulée en présence du gouverneur de Kédougou, Mariama Traoré, des autorités locales, des chefs de services régionaux de Kédougou et de Tambacounda, mais aussi des acteurs du secteur, autour du thème : « Vers une exploitation responsable et durable des ressources minérales pour un développement inclusif du Sénégal ».

Le troisième adjoint au maire de Kédougou, Dembagnima Doucouré, a salué l’initiative, qualifiant cette rencontre de « moment solennel et porteur d’espoir ». Il a rappelé que les tensions autour de l’exploitation minière proviennent souvent d’une méconnaissance des textes. Selon lui, les collectivités doivent bénéficier davantage des retombées à travers les redevances, tandis que les jeunes continuent de souffrir du chômage. Il a également dénoncé l’enclavement du département de Saraya : « Il ne peut pas y avoir de développement sans routes », a-t-il lancé.

De son côté, la gouverneure Mariama Traoré a insisté sur le rôle de ces journées de sensibilisation, qui offrent un cadre de dialogue pour un développement durable. Elle a aussi attiré l’attention sur les défis sécuritaires, environnementaux et sociaux auxquels la région est confrontée.

Selon Abou Sow, directeur régional des Mines, la région compte 220 sites miniers, dont 36 clandestins. L’orpaillage artisanal, malgré ses retombées économiques – environ 25 000 emplois et une production estimée à 5 tonnes d’or par an, soit 300 milliards de FCFA –, échappe largement au contrôle de l’État. Cette activité engendre de graves conséquences : pollution des eaux et des sols, déforestation, exploitation hors périmètres autorisés et présence massive d’orpailleurs étrangers.
L’audit des titres miniers a également révélé des dysfonctionnements : 70 % des permis de recherche inactifs, 40 % des petites mines non démarrées, 106 carrières temporaires exploitées puis abandonnées.

Le président de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries extractives (ITE), Tially Faye, a salué la volonté commune d’aller vers une exploitation responsable. Il a invité l’État, les entreprises et les populations à renforcer le dialogue afin de prévenir les conflits, tout en appelant à une meilleure régularisation du secteur.

Prenant la parole, le ministre Birame Souley Diop a rappelé que la vision du Président de la République est de bâtir un secteur minier inclusif et respectueux des règles. Il a annoncé un audit global des titres miniers et insisté sur l’importance de la Responsabilité sociétale des entreprises (RSE), désormais encadrée par l’État.

Concernant l’orpaillage, il a assuré que des couloirs officiels seront bientôt attribués, avec l’obligation pour les orpailleurs de se formaliser. Deux entreprises minières ont déjà accepté de céder une partie de leurs périmètres. Il a également rappelé le décret interdisant toute activité minière dans un rayon de 500 mètres de la rive gauche de la Falémé.

Très présents lors de la rencontre, les orpailleurs du département de Saraya, par la voix de leur président Mamoudou Danfakha, ont exprimé leurs inquiétudes face au démantèlement des sites clandestins et à la perte de matériels. Toutefois, ils gardent espoir que ces journées permettront d’obtenir des espaces de travail sécurisés et légaux.

Cette journée portes ouvertes de Kédougou a ainsi permis de mettre en lumière les enjeux majeurs du secteur minier sénégalais : exploitation responsable, retombées économiques locales, protection de l’environnement et régularisation de l’orpaillage. Un dialogue jugé essentiel pour concilier développement et durabilité.
Fily Cissokho
