Dans plusieurs localités reculées du département de Nioro du Rip, les habitants vivent toujours sans électricité ni accès à des soins de santé de qualité. Plus de douze villages des communes de Kaymor, Darou Salam, Paos Koto, Médina Sabakh, Dabaly et Gainth Kay sont confrontés à une précarité chronique qui freine leur développement et met en danger la vie des populations.

Dans les villages de Keur Gagny Ndao, Lougué, Falifa, Keur Ayip, Kaymor Padaf, Touba Saloum, Mack Ndiaguène, Ndemene, Kantora, Thioubène et bien d’autres, la nuit tombe sans lumière. Les foyers s’éclairent tant bien que mal avec des lanternes à pétrole ou des téléphones portables chargés au marché hebdomadaire. Cette obscurité permanente affecte non seulement le confort des ménages, mais aussi les perspectives économiques.
« Les jeunes ne peuvent rien entreprendre, pas de couture, pas de soudure, rien. » confie un habitant de Keur Ayip. Les femmes sont également touchées. Sans réfrigération, elles peinent à conserver ou transformer les produits agricoles. La chaîne de valeur locale est ainsi bloquée à la base.
Sur le plan sanitaire, le constat est tout aussi alarmant. De nombreux villages ne disposent même pas d’un poste de santé. Là où ils existent, ces centres sont souvent dépourvus de personnel qualifié et de médicaments de base. Les femmes enceintes doivent parcourir jusqu’à 15 kilomètres à pied ou en charrette pour espérer une assistance médicale, souvent au péril de leur vie, surtout la nuit ou en saison pluvieuse. « Il suffit d’une contraction de nuit, d’une pluie, et c’est une vie en danger. » alerte un relais communautaire de Touba Saloum.
Malgré les alertes répétées, les promesses des autorités locales et les multiples démarches communautaires, rien n’a changé depuis des années. Les habitants demandent des réponses concrètes : électrification rurale, réhabilitation des pistes, dotation en matériel médical, et surtout présence humaine qualifiée dans les centres de santé. « Nous ne demandons pas le luxe, juste le minimum pour vivre dignement », plaide Abdoulaye Seck, chef du village de Kantora.
Ce drame silencieux vécu par des milliers de citoyens sénégalais soulève une question fondamentale : peut-on encore, en 2025, vivre sans lumière ni soins de base dans un pays qui ambitionne l’émergence ? Ces populations, oubliées des politiques publiques, réclament simplement leurs droits : l’accès à l’énergie et à la santé, socles de toute dignité humaine et de tout développement durable. Les autorités locales, nationales et les partenaires au développement sont interpellés. Il y a urgence.
