
La tension monte dans le village de Keniékéniéba, situé au bord du fleuve Falémé, dans la commune Malienne de Dialafara. Alors que les autorités sénégalaises ont pris un décret interdisant l’exploitation minière aux abords du fleuve pour protéger cet important cours d’eau, les conséquences de cette mesure se font désormais sentir de l’autre côté de la frontière.

Depuis cette interdiction, plusieurs entreprises semi-mécanisées, contraintes de quitter le territoire sénégalais, se sont repliées en territoire malien. L’une d’elles, de nationalité chinoise, tente aujourd’hui de s’installer sur les terres agricoles de Keniékéniéba pour poursuivre ses activités minières. Une situation qui suscite une vive indignation au sein de la population locale.
« Nous interpellons le président Assimi Goïta face à cette situation qui nous intrigue », a déclaré Boucaryding Cissokho, chef du village. « L’entreprise est sur nos terres agricoles, ce sont des Chinois qui ne respectent aucune norme. Nos animaux ne seront pas épargnés, ni le fleuve. »

Même son de cloche du côté du conseiller municipal Bouréma Cissokho qui dénonce une tentative de passage en force : « Ils veulent faire du forcing, mais ça ne passera pas. Nous n’accepterons pas de vilipender nos terres. Si jamais l’entreprise commence les travaux, ils verront les conséquences. »
L’imam du village, Souaréba Daba, s’inquiète également de la pression exercée par les autorités régionales : « Nous avons toujours refusé l’exploitation par les Chinois, mais nos autorités veulent nous l’imposer. Les autorités nous forcent à céder nos terres, alors même que le fleuve est déjà en danger. Aujourd’hui, il y a plus de 100 soldats dans notre village, venus non pas pour notre sécurité, mais pour celle des Chinois. »

Ce dimanche 6 juillet, après la lecture du Coran marquant le nouvel an musulman, la population a tenu à faire une déclaration publique pour dénoncer ce qu’elle considère comme une injustice et interpeller l’État malien. Elle demande la suspension immédiate des activités de l’entreprise et le respect de ses terres agricoles et de son environnement.

Cette situation remet en cause les acquis obtenus grâce au décret sénégalais visant à protéger le fleuve Falémé, partagé entre les deux pays. En accueillant ces entreprises expulsées, le Mali risque de compromettre les efforts de préservation de cet écosystème fragile, mettant en péril les moyens de subsistance des communautés locales.
L’État malien est désormais face à un dilemme : répondre aux revendications de ses citoyens ou céder à la pression des entreprises.
