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Centenaire de Wade : Diomaye Faye célèbre une mémoire vivante du Sénégal

Le Sénégal a vécu, ce vendredi, un moment hautement symbolique de son histoire politique. À l’occasion du centenaire de l’ancien président Abdoulaye Wade, le chef de l’État Bassirou Diomaye Faye a publié un hommage empreint de respect, de mémoire et de reconnaissance nationale.

À travers un message solennel diffusé sur le réseau social X, le président de la République a salué le parcours exceptionnel d’un homme dont la trajectoire épouse, selon lui, celle de la nation sénégalaise elle-même.

« Le Président Abdoulaye Wade a cent ans aujourd’hui. La République du Sénégal, elle, n’en a pas encore soixante-dix », a écrit Bassirou Diomaye Faye, avant d’ajouter que l’ancien chef de l’État « a vu naître » la République et « aidé à la faire grandir ».

Par cette formule, le président sénégalais inscrit Abdoulaye Wade dans une dimension historique rare : celle des figures ayant traversé plusieurs générations politiques tout en participant activement à la construction institutionnelle du pays.

Né en 1926, Me Wade demeure l’un des acteurs majeurs de la vie démocratique sénégalaise. Opposant historique durant plusieurs décennies, il accède au pouvoir en 2000 après une alternance considérée comme l’un des tournants démocratiques les plus importants de l’Afrique contemporaine.

Le sociologue et historien sénégalais Mamadou Diouf souligne dans plusieurs de ses travaux que « l’alternance de 2000 a profondément redéfini l’imaginaire démocratique sénégalais ». Pour de nombreux observateurs, Abdoulaye Wade a incarné cette rupture politique ayant permis l’ouverture d’une nouvelle ère institutionnelle.

Mais l’hommage rendu par Bassirou Diomaye Faye dépasse le simple cadre politique. Il porte également une forte dimension humaine et spirituelle. Le président a ainsi formulé des prières pour son prédécesseur :

« Au nom de la Nation tout entière, je souhaite au Président Abdoulaye Wade un centenaire de paix, de sérénité et de lumière. »

Cette référence à la paix et à la lumière traduit une volonté d’élever cet anniversaire au rang de patrimoine national, au-delà des clivages partisans.

Le philosophe Paul Ricoeur écrivait dans La Mémoire, l’Histoire, l’Oubli que « la reconnaissance publique participe à la construction de la mémoire collective ». Cette réflexion éclaire le sens politique du message présidentiel : reconnaître une figure historique sans nécessairement effacer les débats liés à son héritage.

Car l’histoire d’Abdoulaye Wade demeure complexe et contrastée. Admiré pour son combat démocratique et certains grands projets d’infrastructures, il reste également associé à des controverses ayant marqué la fin de son magistère, notamment autour de la question de la succession politique et des tensions institutionnelles de 2011-2012.

Cependant, à l’heure du centenaire, c’est davantage la mémoire du bâtisseur et du vétéran politique qui semble primer dans le discours officiel.

Le président Bassirou Diomaye Faye a d’ailleurs conclu son hommage par une expression simple mais profondément symbolique : « Jërëjëf Président Wade ».

Dans la culture sénégalaise, le respect des anciens constitue une valeur fondamentale. Cette formule en wolof apparaît ainsi comme un geste de reconnaissance populaire autant qu’institutionnelle.

Le politologue français Jean-François Bayart rappelait que, dans les sociétés africaines, « la mémoire des anciens dirigeants participe souvent à la stabilité symbolique de l’État ». À travers cet hommage, le Sénégal semble ainsi célébrer non seulement un homme, mais aussi une part de sa propre histoire.

À cent ans, Abdoulaye Wade entre désormais dans une dimension presque patrimoniale de la vie nationale. Son parcours continue de nourrir les débats, les analyses et les mémoires, preuve qu’il demeure, malgré le temps, une figure incontournable de l’histoire politique sénégalaise.

Par Imam chroniqueur Babacar Diop

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