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Numéros d’état civil sénégalais cédés à des ressortissants guinéens : la DAF démantèle un réseau structuré de falsification identitaire

Une affaire d’une ampleur préoccupante est actuellement au cœur des investigations administratives et sécuritaires au Sénégal. La Direction de l’Automatisation des Fichiers (DAF) a mis au jour un système organisé de fraude à l’état civil, impliquant la création et l’attribution illégale de numéros d’identification sénégalais à des ressortissants étrangers, principalement originaires de Guinée.

Ce réseau, selon les premiers éléments de l’enquête, fonctionnait comme une véritable filière clandestine de fabrication d’identités, reposant sur des complicités internes et des manipulations de registres d’état civil.

Un système de “transformation administrative” d’étrangers en citoyens sénégalais

Au cœur du dispositif, les enquêteurs décrivent une mécanique bien structurée : la création de fausses filiations permettant d’intégrer des étrangers dans les registres de naissance sénégalais.

Autrement dit, des individus sans lien de parenté avec des familles locales se voyaient attribuer de faux parents, de faux actes de naissance, puis des documents authentiques sur le plan administratif mais obtenus sur la base de données falsifiées.

Ce procédé, qualifié par certains observateurs de « transformation administrative d’identité », permettait ensuite l’obtention de : cartes nationales d’identité sénégalaises (CNI); passeports sénégalais; licences sportives officielles, notamment dans la lutte et divers documents administratifs ouvrant l’accès aux droits civiques et économiques

Le cas du lutteur “Bébé Diène” au centre des révélations

L’un des cas les plus médiatisés concerne un lutteur connu sous le nom de Mamadou Thiam, dit « Bébé Diène ». Les investigations indiquent qu’il aurait reconnu, dans le cadre des vérifications, s’appeler en réalité Amadou Cheikhou Diallo, de nationalité guinéenne. Grâce à l’identité sénégalaise obtenue via ce réseau, il aurait pu évoluer librement dans l’arène sportive nationale, bénéficier d’une licence officielle de lutte, et être reconnu comme citoyen sénégalais à part entière sur le plan administratif. Ce cas symbolise, selon les enquêteurs, la capacité du réseau à infiltrer même des secteurs hautement réglementés comme le sport professionnel.

Des complicités administratives et politiques présumées

L’enquête met également en lumière l’implication présumée de plusieurs intermédiaires et relais locaux. Parmi eux figurent : Hamady Diallo, alias « Nini », adjoint au maire de Wakhinane Nimzatt Boubacar Thiam, présenté comme un facilitateur central dans la chaîne de fraude

Ces derniers seraient soupçonnés d’avoir joué un rôle dans la mise en relation entre les bénéficiaires étrangers et les circuits administratifs, ainsi que dans la constitution de dossiers frauduleux.

Selon les premières conclusions des enquêteurs, le réseau ne se limitait pas à des individus isolés, mais reposait sur une organisation hiérarchisée avec des fonctions bien définies : recruteurs, intermédiaires, faussaires et facilitateurs administratifs.

Un mécanisme fondé sur la falsification des registres d’état civil

L’un des aspects les plus sensibles de l’affaire concerne l’exploitation des registres d’état civil. Le mode opératoire reconstitué montre plusieurs étapes :

  1. création d’un acte de naissance fictif ou détourné
  2. insertion d’une filiation sénégalaise artificielle
  3. validation administrative de l’acte dans les circuits locaux
  4. obtention d’un numéro d’identification national
  5. délivrance des documents officiels (CNI, passeport)

Ce système aurait permis à plusieurs ressortissants étrangers d’être pleinement intégrés dans les bases de données nationales, rendant la détection des fraudes particulièrement difficile une fois les documents émis.

Une “mafia de l’identité” aux ramifications multiples

Les autorités parlent désormais d’un réseau structuré, parfois qualifié de « mafia de l’identité », tant les ramifications semblent étendues.

L’enquête s’oriente vers plusieurs axes : identification de tous les bénéficiaires des faux documents; démantèlement des circuits de falsification ;audit des registres d’état civil concernés; vérification des complicités éventuelles dans les administrations locales et sécurisation des bases de données nationales

Cette affaire révèle également la vulnérabilité de certains maillons de l’administration civile face aux manipulations internes et aux pressions extérieures.

Des enjeux majeurs pour la souveraineté administrative

Au-delà du scandale, cette affaire soulève des questions fondamentales sur la gestion de l’identité nationale.

L’état civil, base de toute citoyenneté, conditionne l’accès : aux droits politiques; à l’éducation; à l’emploi aux documents de voyage et à la participation à la vie publique

Toute altération de ce système fragilise donc non seulement l’administration, mais aussi la confiance des citoyens dans les institutions.

Une enquête encore en cours

La DAF et les services compétents poursuivent actuellement leurs investigations pour mesurer l’ampleur réelle du phénomène. Plusieurs interpellations auraient déjà eu lieu, tandis que d’autres profils seraient encore sous surveillance.

Les autorités promettent une réponse ferme, estimant que ce type de fraude constitue une atteinte directe à la souveraineté administrative du pays.

Conclusion

Cette affaire met en lumière une réalité préoccupante : la fragilité potentielle des systèmes d’état civil face à des réseaux organisés et structurés. Au-delà des cas individuels, elle interroge profondément la sécurité des données identitaires et la nécessité de renforcer les mécanismes de contrôle.

Le dossier, encore en développement, pourrait marquer un tournant dans la réforme et la sécurisation de l’identité civile au Sénégal.

Par imam chroniqueur
Babacar Diop

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