Dans un contexte de fortes tensions sur les campus universitaires, le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Daouda Ngom, a livré un discours sans concession lors du point de presse du gouvernement tenu ce mardi. Entre mise en cause de certains responsables du mouvement estudiantin, clarification juridique sur les franchises universitaires et défense de la politique des bourses, le ministre a tenu à rétablir ce qu’il considère comme des contrevérités largement relayées dans le débat public.

Des leaders étudiants « installés durablement » à l’université
Le ministre a d’abord jeté un pavé dans la mare en s’interrogeant sur le profil de certains leaders estudiantins. Selon lui, une frange des responsables syndicaux resterait « trop longtemps » au sein du système universitaire, soulevant des interrogations sur la nature réelle de leur engagement.
À titre d’illustration, Daouda Ngom a évoqué le cas d’un responsable étudiant âgé de 31 ans, inscrit à l’université depuis une décennie. Une situation qui, selon lui, pose la question de la priorité accordée au militantisme au détriment du parcours académique.
« L’université n’est pas une carrière politique », a-t-il laissé entendre, appelant à une réflexion nationale sur la représentativité et la responsabilité au sein du mouvement étudiant.
Mise en garde contre l’instrumentalisation politique
Au-delà de la durée des cursus, le ministre a dénoncé avec fermeté l’influence de forces politiques extérieures sur certaines structures étudiantes.
« L’université n’est pas un champ politique. L’avenir des étudiants ne doit pas être politisé », a-t-il martelé, appelant les étudiants à se démarquer des acteurs politiques qui, selon lui, instrumentalisent leurs revendications à des fins de déstabilisation.
Pour Daouda Ngom, les revendications estudiantines ne doivent reposer que sur des bases académiques et sociales légitimes, loin de toute récupération partisane.
Franchises universitaires : la précision juridique du gouvernement
Face aux accusations de violation des franchises universitaires, le ministre a tenu à clarifier la position de l’État. S’appuyant sur la loi n°94-79 du 24 novembre 1994, il a expliqué que les franchises universitaires couvrent exclusivement les espaces pédagogiques — facultés, instituts et unités de formation et de recherche (UFR).
Le campus social, a-t-il précisé, est assimilé à un quartier ordinaire et relève, à ce titre, de la police administrative classique. L’intervention des forces de sécurité dans ces espaces ne saurait donc être considérée comme une entorse aux règles universitaires.
Dialogue social privilégié face aux tensions
Malgré la crispation actuelle, le ministère affirme privilégier la concertation plutôt que la confrontation. Daouda Ngom a rappelé les efforts déployés pour pacifier l’espace académique, citant notamment les assises de l’enseignement supérieur tenues en juillet 2025, ainsi que les rencontres régulières avec les amicales étudiantes et les syndicats d’enseignants-chercheurs.
Dans cette dynamique, un comité sectoriel de dialogue social, soutenu par le Haut Conseil du dialogue social, a été mis en place. Ce cadre a déjà permis l’organisation de formations au dialogue social destinées aux leaders étudiants.
Bourses : l’État dément tout retard de paiement
Sur la question sensible des bourses, au cœur des récentes manifestations, le ministre s’est voulu catégorique : l’État n’accuse aucun retard de paiement.
Selon lui, les allocations sont désormais versées régulièrement le 5 de chaque mois.
Il a toutefois reconnu une incompréhension liée à la réforme dite de la « présence effective », qui conditionne le versement de la bourse à la présence réelle de l’étudiant dans son établissement. Cette mesure vise, selon le ministre, à aligner le calendrier académique sur celui des allocations, tout en garantissant douze mois de bourse par an.
105 milliards FCFA mobilisés pour les bourses en 2025
Pour étayer ses propos, Daouda Ngom a rappelé l’ampleur de l’effort budgétaire consenti par l’État. En 2025, 105 milliards de francs CFA ont été consacrés aux bourses universitaires, un niveau d’investissement qu’il juge largement supérieur à celui de nombreux pays de la sous-région.
Le ministre a également souligné la forte subvention de la restauration universitaire. Alors qu’un étudiant paie en moyenne 250 FCFA par jour pour trois repas, l’État prend en charge environ 2 250 FCFA supplémentaires par étudiant pour couvrir le coût réel du service.
Bâtir un enseignement supérieur apaisé et performant
En conclusion, Daouda Ngom a réaffirmé la volonté du gouvernement de bâtir un enseignement supérieur performant, apaisé et aligné sur les exigences du développement national. Pour lui, seules des réformes structurelles durables, adossées au dialogue et à la responsabilité des acteurs, permettront d’éviter la répétition des crises et de préserver l’université comme un espace de savoir et d’avenir.
