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FMI ET SÉNÉGAL : UNE MISSION TECHNIQUE DANS UN CONTEXTE POLITIQUE ET BUDGÉTAIRE SENSIBLE

À peine quelques jours après le vaste remaniement institutionnel qui a vu Ousmane Sonko quitter la Primature pour prendre la tête de l’Assemblée nationale, le Sénégal s’apprête à recevoir une nouvelle mission du Fonds monétaire international (FMI). Une annonce qui intervient dans un contexte marqué à la fois par des bouleversements politiques majeurs et par des défis budgétaires considérables.

Selon Julie Kozack, directrice du département de la communication du FMI, une équipe technique de l’institution se rendra à Dakar durant la semaine du 15 juin afin de poursuivre les discussions engagées avec les autorités sénégalaises. L’objectif affiché est de parvenir à une compréhension commune de la situation macroéconomique du pays, de ses besoins de financement et des réformes jugées prioritaires pour assurer la stabilité économique à moyen terme.

Une dette publique sous surveillance

Cette visite intervient alors que les chiffres de la dette publique sénégalaise continuent de susciter de vives préoccupations. Les conclusions du travail de réconciliation réalisé par le cabinet Forvis Mazars ont révélé une dette atteignant 111 % du Produit intérieur brut (PIB) à la fin de l’année 2023, avant de grimper à 118,8 % en 2024.

Ces niveaux placent le Sénégal parmi les pays africains les plus endettés relativement à la taille de leur économie. Pour de nombreux analystes, cette situation impose une gestion rigoureuse des finances publiques afin d’éviter une détérioration de la confiance des investisseurs internationaux.

L’économiste Joseph Stiglitz rappelait dans Globalization and Its Discontents Revisited (2018) que « la transparence budgétaire constitue la première condition d’une politique économique crédible ». Une affirmation qui trouve aujourd’hui un écho particulier dans le débat sénégalais.

Le FMI entre prudence et accompagnement

Déjà en août 2025, une mission dirigée par Edward Gemayel avait salué les efforts entrepris par les autorités pour améliorer la transparence des comptes publics après les révélations liées au dossier du misreporting.

Le FMI avait alors insisté sur la nécessité de poursuivre les réformes structurelles visant à renforcer la gouvernance budgétaire, améliorer la mobilisation des recettes fiscales et rationaliser les dépenses publiques.

Selon l’économiste américain Jeffrey Sachs dans The End of Poverty (2005), « les institutions financières internationales peuvent contribuer à la stabilité économique lorsqu’elles travaillent en partenariat avec les gouvernements et non dans une logique de contrainte ». Cette approche semble être celle privilégiée actuellement par les deux parties.

Sonko, un nouvel acteur institutionnel incontournable

Le déplacement du FMI à Dakar se déroule également dans une nouvelle configuration politique. Désormais président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko dispose d’un poids institutionnel considérable.

Depuis plusieurs années, l’ancien Premier ministre affiche son opposition à toute restructuration de la dette qui pourrait être perçue comme une limitation de la souveraineté économique du pays. Il a récemment indiqué que le président Bassirou Diomaye Faye lui avait assuré qu’aucun engagement n’avait été pris avec le FMI dans ce sens.

Grâce à la majorité parlementaire dont dispose son camp, toute éventuelle réforme impliquant une modification substantielle de la politique d’endettement pourrait désormais faire l’objet d’intenses débats au sein de l’hémicycle.

Entre souveraineté économique et nécessité financière

Le Sénégal se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. D’un côté, les autorités revendiquent une plus grande souveraineté dans la définition de leurs politiques économiques. De l’autre, les besoins de financement liés aux infrastructures, à l’emploi des jeunes, à l’éducation et à la santé exigent des ressources importantes.

Le ministre des Finances Cheikh Diba avait reconnu en mai dernier que les discussions avec le FMI progressaient plus lentement que prévu, notamment en raison de la prudence de l’institution après les irrégularités constatées dans les statistiques financières précédentes. Il avait néanmoins souligné le caractère constructif des échanges.

Pour l’économiste français Thomas Piketty, auteur de Le Capital au XXIe siècle (2013), « la soutenabilité de la dette dépend moins de son niveau absolu que de la confiance accordée aux institutions chargées de la gérer ». Une réflexion qui résume parfaitement l’enjeu actuel pour le Sénégal.

Un rendez-vous décisif

La mission du FMI prévue à Dakar sera donc observée avec une attention particulière par les marchés financiers, les partenaires techniques et les citoyens sénégalais. Au-delà des chiffres, c’est la capacité du pays à concilier stabilité macroéconomique, souveraineté politique et ambitions de développement qui sera évaluée.

Dans un contexte où les équilibres institutionnels connaissent une profonde recomposition, les conclusions de cette mission pourraient influencer durablement les orientations économiques du Sénégal pour les années à venir.

Par Imam chroniqueur Babacar Diop.

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